• Lorane Lechevalier

La chiropraxie pour le traitement de la lombalgie chronique


Une étude scientifique (revue systématique de littérature), publiée dans le Spine Journal de mai 2018, met en avant la probable efficacité des traitements par manipulation et mobilisation pour les lombalgies chroniques, dans le cadre d’une approche multimodale. La chiropraxie, en complément de la médecine classique, permettrait ainsi de réduire douleur et invalidité liées au mal de dos chronique. Cette étude semble également démontrer une efficacité accrue de la manipulation, l’ajustement chiropratique en ce qui nous concerne, pour la limitation du handicap, toujours dans le cadre d’une approche multimodale.


Voici un résumé de cette étude :


Manipulation et mobilisation pour le traitement de la lombalgie chronique: revue systématique et méta-analyse.

Ian D. Coulter, PhD,a,b,c,* Cindy Crawford, BA,a Eric L. Hurwitz, DC, PhD,a,d Howard Vernon, DC, PhD,a,e Raheleh Khorsan, PhD,f Marika Suttorp Booth, MS,a and Patricia M. Herman, ND, PhDa.


Arrière-plan

Les thérapies de mobilisation et de manipulation sont largement utilisées pour aider les patients souffrant de lombalgie chronique. Cependant, des questions subsistent quant à leur efficacité, leur dosage, leur sécurité et à la manière dont ces approches se comparent aux autres thérapies.


Objectif

La présente étude vise à déterminer l’effet, l’efficacité et la sécurité de diverses thérapies de mobilisation et de manipulation pour le traitement de la lombalgie chronique.


Conception / cadre de l’étude

Ceci est une revue systématique de la littérature et une méta-analyse.


Mesures des résultats

La présente étude mesure la douleur auto-rapportée, la fonction, la qualité de vie en rapport avec la santé et les effets indésirables déclarés.


Méthodes

Nous avons identifié des études en effectuant des recherches dans plusieurs bases de données électroniques de janvier 2000 à mars 2017, en examinant des listes de références et en communiquant avec des experts. Nous avons sélectionné des essais contrôlés randomisés comparant des thérapies de manipulation ou de mobilisation avec un simulacre, aucun traitement, d'autres thérapies actives, et des approches thérapeutiques multimodales. Nous avons évalué le risque de biais en utilisant les critères du Scottish Intercollegiate Guidelines Network. Dans la mesure du possible, nous avons regroupé les données en utilisant une méta-analyse à effets aléatoires. La classification, l’analyse, l’élaboration et l’évaluation des recommandations (GRADE) ont été appliquées pour déterminer la confiance dans les estimations de l’effet. Ce projet est financé par le Centre national de la santé complémentaire et intégrative (USA) sous le numéro d'attribution U19AT007912.


Résultats

Cinquante et un essais ont été inclus dans la revue systématique. Neuf essais (1 176 patients) ont fourni suffisamment de données et ont été jugés suffisamment similaires pour être regroupés en vue d'une méta-analyse. La différence moyenne standardisée pour une réduction de la douleur était DMS = -0,28, intervalle de confiance à 95% (IC) -0,47 à -0,09, p = 0,004; I2 = 57% après traitement; dans sept essais (923 patients), la réduction de l'invalidité était de DMS = -0,33, IC à 95% de -0,63 à -0,03, p = 0,03; I2 = 78% pour la manipulation ou la mobilisation par rapport aux autres thérapies actives. Des analyses de sous-groupes ont montré que la manipulation réduisait de manière significative la douleur et l'invalidité par rapport à d'autres comparateurs actifs, notamment l'exercice et la kinésithérapie (DMS = −0,43, 95% IC –0,86 à 0,00; p = 0,05, I2 = 79% ; DMS = −0,86, IC 95% -1,27 à -0,45; p <0,0001, I2 = 46%). Les interventions de mobilisation, comparées à celles d’autres comparateurs actifs, y compris les traitements par l’exercice, réduisaient considérablement la douleur (DMS = -0,20, IC 95% -0,35 à -0,04; p = 0,01; I2 = 0%) mais non le handicap (DMS = -0,10, 95 % IC -0,28 à 0,07; p = 0,25; I2 = 21%). Les études comparant manipulation ou mobilisation avec un traitement factice ou sans traitement étaient trop peu nombreuses ou trop hétérogènes pour permettre la mise en commun, de même que les études examinant les relations entre la dose et les résultats. Peu d'études ont évalué la qualité de vie liée à la santé. Vingt-six des 51 essais étaient des études multimodales et décrites de manière narrative.


Conclusion

Il existe des preuves de qualité moyenne (confiance modérée dans l'estimation de l'effet : le véritable effet sera probablement proche de l'estimation de l'effet, mais il est possible qu'il soit substantiellement différent) que la manipulation et la mobilisation sont susceptibles de réduire la douleur et d'améliorer la fonction des patients souffrant de lombalgie chronique. La manipulation semble produire un effet plus important que la mobilisation. Les deux thérapies semblent sans danger. Les programmes multimodaux peuvent être une option prometteuse.


Mots-clés : #chiropraxie, #lombalgieChronique, #manipulation, #métaAnalyse, #mobilisation, #revueSystématique, #malDeDos.


Connaissances préalables

Une méta-analyse est une méthode scientifique systématique combinant les résultats d'une série d'études indépendantes sur un problème donné, selon un protocole reproductible. La méta-analyse permet une analyse plus précise des données par l'augmentation du nombre de cas étudiés et ainsi de tirer une conclusion globale. La méta-analyse à effet aléatoire tient compte d’une hétérogénéité entre études sur le même paramètre, c’est-à-dire qu’elle ne suppose pas un effet fixe commun à toutes les études.


Une différence moyenne standardisée ou DMS est une statistique sommaire qui est employée quand les études d'une méta-analyse évaluent le même résultat, mais le mesurent différemment.


L’intervalle de confiance (IC) d'une mesure donne la « marge d'incertitude » autour de cette mesure. Traditionnellement on présente un intervalle de confiance « à 95%». Cela signifie qu'il y a 95% de chances que la « vraie » valeur se trouve entre les bornes de cet intervalle.


L’Hétérogénéité : la méta-analyse a pour but de quantifier un effet commun à toutes les études incluses. Cela suppose une homogénéité c’est-à-dire qu’elles étudient bien toutes le même effet. Afin de tester cette hypothèse, on doit réaliser un test d’homogénéité afin de vérifier si au moins l’une de ces études ne se différencie pas de l’ensemble. En cas de significativité du test et donc d’hétérogénéité, se posera la question du bienfondé d’une analyse conjointe de toutes ces études. Il convient alors de retrouver la où les études responsables de cette hétérogénéité. L’indicateur I2 mesure la proportion d’hétérogénéité dans les études qui ne peut pas être expliquée par le hasard seul mais en tenant compte du nombre d’études analysées. Les valeurs de I2 égales à 25%, 50%, et 75% représentent respectivement une hétérogénéité basse, modérée et forte.


La valeur p : le statisticien Ronald Fisher a introduit les termes de significativité, d’hypothèse nulle (c’est-à-dire l’hypothèse de non différence entre les échantillons), et l’utilisation de la valeur-p. Il rejetait toutefois la notion de puissance statistique : selon lui, l’hypothèse nulle ne peut jamais être acceptée, mais peut seulement être rejetée par le test statistique. Dans cette approche, la valeur-p est considérée comme une mesure d’à quel point les données plaident contre l’hypothèse nulle. Les seuils suivants sont généralement pris pour référence :

p ≤ 0.01 : très forte présomption contre l'hypothèse nulle,0.01 < p ≤ 0.05 : forte présomption contre l'hypothèse nulle,0.05 < p ≤ 0.1: faible présomption contre l'hypothèse nulle,p > 0.1 : pas de présomption contre l'hypothèse nulle.

Il est à noter que si ces valeurs sont classiques et d'usage courant elles restent entièrement arbitraires et conventionnelles et ne sont pas acceptées dans certains domaines demandant des précisions très élevées.

Cette notion de valeur p est de plus en plus controversée en raison de son aspect binaire.

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