• Lorane Lechevalier

Etat de la recherche en chiropraxie



Colonne vertébrale et système nerveux


Comme vous le savez probablement déjà, la chiropraxie a pour champ d’action les troubles neuro-musculo-squelettiques.


La colonne vertébrale a une fonction dynamique. Elle abrite et protège la moelle épinière.


Or la moelle épinière transmet les informations nerveuses, sensorielles depuis le corps jusqu'au cerveau, et motrice depuis le cerveau jusqu'aux extrémités du corps.


D'un point de vue dynamique, la colonne vertébrale permet le mouvement et supporte le buste. Elle possède plusieurs fonctions ; elle a parfois besoin d'être flexible, comme lors d'une course à pied pour amortir les impacts avec le sol, ou bien rigide comme lorsque l'on passe de la position assise à debout. Les muscles spinaux ou érecteurs du rachis sont là pour assurer ce travail de maintien.


La vie quotidienne d'un individu a des répercussions sur sa colonne vertébrale. Parfois, un segment vertébral peut bouger différemment de la normale ou d'une façon dysfonctionnelle (1). Cela peut résulter d'une mauvaise posture, de micro-traumatismes répétés, ou encore d’un traumatisme direct.


Or la littérature scientifique nous informe qu'un dysfonctionnement de la colonne vertébrale altère le traitement de l'information par le cerveau et l'intégration des données sensorielles provenant du corps lui-même (2). De même, une mauvaise fonction de la moelle épinière entraîne un moins bon contrôle moteur et fonctionnel.


Le chiropracteur est formé pour déterminer les zones de dysfonction, appelées par abus de langage « subluxation chiropratique ». Ce terme n'est pas à prendre au sens médical du terme ; il s'agit tout simplement d'une zone où la mobilité des vertèbres est inhabituelle (4).


Avec le temps, ces zones où le mouvement vertébral n'est pas optimal peuvent conduire à des lombalgies, des cervicalgies, des céphalées cervicogéniques, ou d'autres types de dysfonctions (1, 2, 3).


Le chiropracteur, par des ajustements rapides, précis et doux de la colonne vertébrale aide à restaurer le schéma de mouvement naturel de la colonne vertébrale, ce qui améliore la communication entre le cerveau et le corps (3, 5-9).


Les données de recherche démontrant l'impact des ajustements sur la fonction cérébrale sont relativement récentes. Cette recherche n'a été réalisée et publiée que depuis une dizaine d'années, en grande partie en Nouvelle-Zélande. Elle montre que les ajustements de la colonne vertébrale ont un effet positif sur la neuroplasticité du système nerveux central.


Les messages extérieurs provenant des organes des sens influencent le cerveau


Nous savons que notre cerveau s'adapte en permanence à la quantité inépuisable de messages provenant de notre corps et de notre environnement externe (par le biais de nos organes sensoriels). Sur la base de toutes ces informations, notre cerveau maintient une carte en 3D de notre corps et surveille ce qu'il se passe à l'extérieur et à l’intérieur de celui-ci (10-12).


Des études scientifiques démontrent que lorsque la colonne vertébrale d'un individu ne fonctionne pas correctement, cela affecte la capacité de son cerveau à savoir précisément où se trouve certaines parties de son corps. Cela peut entraîner des problèmes chroniques (1, 2, 16-18).


Si la carte du corps établie par le cerveau est erronée, le cerveau va réagir de façon inefficace aux signaux environnementaux (16-18). Avec le temps, le corps développe des douleurs, des restrictions de mobilité...


La chiropraxie aide à améliorer le fonctionnement de la colonne vertébrale, et permet une meilleure communication entre l'environnement et le cerveau (19). Ainsi, une étude scientifique a montré qu'une amélioration de la fonction de la colonne vertébrale permet au cerveau d'avoir une meilleure proprioception de nos bras et de nos jambes (5,20). Les soins chiropratiques améliorent la cartographie du cerveau afin que le corps puisse réagir au mieux, agissant comme une réinitialisation (3, 21).


Nous pouvons alors comprendre qu'un symptôme provoqué par un dysfonctionnement d'une partie de la colonne vertébrale n’apparaît pas forcément à l’endroit de ce dysfonctionnement.


Dans le cadre d'une douleur de genou par exemple, si la colonne vertébrale ne bouge pas correctement, alors le contrôle moteur de la jambe peut être altéré. Ce contrôle moteur altéré peut entraîner une moindre mobilité du genou. Or aujourd'hui, il est démontré qu'un mouvement diminué au niveau d'une articulation sur le long terme crée un déséquilibre au niveau du corps aboutissant parfois à une douleur (24).


Les messages provenant des organes sensoriels influencent le cerveau


Le cerveau s'appuie aussi sur les organes sensoriels internes de l'individu, et tout particulièrement ceux des muscles. En effet, lors de tout mouvement, le cerveau est informé en temps réel de la position du corps, par le biais des fuseaux neuromusculaires (22).


Il est aujourd'hui démontré que les petits muscles proches de la colonne vertébrale et du crâne sont très importants. Les muscles érecteurs du rachis aident à contrôler les mouvements de la tête et du tronc, tout en étant impliqués dans les réflexes posturaux et vestibulaires. Ils jouent en outre un rôle fondamental dans la proprioception. Ces muscles informent le cerveau ce que fait la colonne vertébrale (22,23).


Si un segment vertébral commence à bouger de manière dysfonctionnelle, alors cette information entre les muscles érecteurs du rachis et le cerveau se déforme.


Si un segment bouge de trop, comme dans le cas d'une mauvaise posture, alors les scientifiques pensent que cela crée un « bruit de fond » parasitant le cerveau, ce qui rendra son travail de perceptions des données plus difficile (3,4).


A défaut, si un segment ne bouge pas assez, alors le cerveau n'obtiendra pas les données suffisantes ce qui le contraint à « remplir les blancs » en faisant appel à ses expériences passées (3,4). Et parfois l'information qu'il crée est erronée.


Le cerveau comble les vides lorsque l'information sensorielle est insuffisante


Il est vrai que le cerveau n'interprète pas toujours la situation comme le reflet exact de la réalité. Il est intéressant de remarquer que le cerveau peut parfois combler des vides.

Après avoir recueilli les informations internes et externes de l'individu, le cerveau va les traduire en fonction de ce qu'il a appris des expériences passées de l'individu, de ses attentes pour l'avenir et plus encore (10, 11, 13).


Par exemple, regardons comment le cerveau perçoit les carrés blancs sur la figue ci-contre. Regardez ce jeu de dames d’Edward H.Adelsen et demandez-vous quel carré est le plus sombre ? Le carré A ou bien le B ?


Jeu de dames d’Edward H.Adelsen

Ils sont en réalité de la même couleur : c'est incroyable n'est-ce pas ?

Le cerveau ne « voit » pas seulement ce que les yeux lui disent, il interprète en se basant sur des informations déjà stockées. Le carré A est perçu plus sombre car le carré B est dans l'ombre du cylindre vert. Selon votre expérience passée, le cerveau décide pour vous que si un carré dans une ombre reflète la même quantité de lumière qu'un carré à l'extérieur de l'ombre, alors il doit être plus clair.


Le rôle du chiropracteur : améliorer la communication entre le cerveau et le corps


Le chiropracteur, à l'aide d'ajustements spécifiques et doux, va mobiliser les segments rachidiens dysfonctionnels, afin de rétablir un mouvement vertébral sain.


La communication entre cerveau, corps et environnement va être améliorée pour un meilleur contrôle et une meilleure fonction sensorimotrice (4,20).


Lorsque la cartographie du cerveau est exacte, le cerveau peut contrôler de façon optimale le corps et faire bouger les muscles dans le bon ordre (16, 18).


L'objectif des soins chiropratiques est donc de rétablir une communication saine dans tout le corps et de la maintenir au fil du temps, améliorant son fonctionnement et la santé en général, tout en réduisant le nombre d'accidents (20).


De plus en plus de preuves scientifiques ont démontré que les soins chiropratiques peuvent avoir un effet positif sur de nombreux aspects de la santé.


A titre d'exemple, la chiropraxie a des effets sur l'acuité visuelle et la taille du champ visuel (28,29), le temps de réaction (20,30), le traitement de l'information par le cerveau (30,31), la proprioception de la cheville chez le patient âgé (20), la fonction de la colonne vertébrale (32,33)...

Sources :

1. Henderson CN. The basis for spinal manipulation: Chiropractic perspective of indications and theory. J Electromyogr Kinesiol. Apr 16 2012.

2. Treleaven J. Sensorimotor disturbances in neck disorders affecting postural stability, head and eye movement control. Man Ther. 2008;13(1):2-11.

3. Haavik H, Murphy B. The role of spinal manipulation in addressing disordered sensorimotor integration and altered motor control. J Electromyogr Kinesiol. Apr 5 2012;22(5):768-776.

4. Haavik Taylor H, Holt K, Murphy B. Exploring the neuromodulatory effects of the vertebral subluxation and chiropractic care. Chiropr J Aust. 2010;40(1):37-44.

5. Haavik H, Murphy B. Subclinical neck pain and the effects of cervical manipulation on elbow joint position sense. J Manipulative Physiol Ther. Feb 2011;34(2):88-97.

6. Haavik Taylor H, Murphy B. Altered cortical integration of dual somatosensory input following the cessation of a 20 minute period of repetitive muscle activity. Exp Br Res. 2007;178(4):488-498.

7. Haavik Taylor H, Murphy B. Altered sensorimotor integration with cervical spine manipulation. J Manipulative Physiol Ther. 2008;31(2):115-126.

8. Haavik Taylor H, Murphy B. Altered central integration of dual somatosensory input after cervical spine manipulation. J Manipulative Physiol Ther. 2010;33(3):178-188.

9. Haavik Taylor H, Murphy B. The effects of spinal manipulation on central integration of dual somatosensory input observed after motor training: a crossover study. J Manipulative Physiol Ther. May 2010;33(4):261-272.

10. Mozolic JL, Hugenschmidt CE, Peiffer AM, Laurienti PJ. The Neural Bases of Multisensory Processes. In: Murray MM, Wallace MT, eds. Multisensory Integration and Aging. Boca Raton FL: Llc.; 2012.

11. Buneo CA, Andersen RA. The posterior parietal cortex: sensorimotor interface for the planning and online control of visually guided movements. Neuropsychologia. 2006;44(13):2594-2606.

12. Holmes NP, Spence C. Multisensory integration: space, time and superadditivity. Current Biology. Sep 20 2005;15(18):R762-764.

13. Bassett DS, Yang M, Wymbs NF, Grafton ST. Learning-induced autonomy of sensorimotor systems. Nat Neurosci. May 2015;18(5):744-751.

14. Durgin FH, Tripathy SP, Levi DM. On the filling in of the visual blind spot: some rules of thumb. Perception. 1995;24(7):827-840.

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16. Abbruzzese G, Berardelli A. Sensorimotor integration in movement disorders. Movement Disorders. 2003;18(3):231-240.

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